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La consommation collaborative, à la fois menace et opportunité pour l'artisanat

Certains parlent d’ubérisation de l’économie, en lien avec le géant Uber qui a secoué le secteur du transport, ou du concept de "disruption", cette tendance de fond qui révolutionne la consommation.

L’économie collaborative désigne « un ensemble d’activités visant à la production de valeur en commun et reposant sur de nouvelles formes d’organisation du travail ». La valeur centrale est donc le partage : de biens, de services, de compétences. La consommation retrouve une finalité d’usage, et non plus de possession.

Evidemment cette révolution a été poussée par le numérique et l’explosion d’internet, mais pas seulement. La crise économique, la prise de conscience écologique, l’expérience de la consommation et la volonté d’obtenir le meilleur produit ou service au meilleur prix, la recherche du lien par l’échange et la rencontre, l’attrait de l’indépendance (le modèle 100% salarié étant en passe d’être dépassé) sont autant de raisons au développement de cette consommation collaborative.

Aujourd’hui, en France, son marché est estimé à 3,5 milliards d’euros. Plus de 270 plateformes internet collaboratives existent, dont 70 % sont françaises.

Fin 2014, 88 % des Français disaient avoir réalisé au moins une fois une pratique collaborative. En 2015, près de la moitié ont déjà acheté ou vendu à un autre particulier sur Internet.

Un large spectre de secteurs d’activités est concerné, au vu des domaines de la vie courante auxquels répondent aujourd’hui les plateformes collaboratives :

  • le logement (airbnb, pap,…)
  • l’alimentation (les AMAP, La ruche qui dit Oui, VizEat, Mon Voisin Cuisine,…)
  • le déplacement (BlaBlaCar…)
  • l’entretien de son jardin (prêter son jardin…)
  • le financement de projet (Ulule, KissKiss Bank Bank,…)
  • l’habillement (vinted,...)
  • l’équipement (Le Bon Coin,…)
  • etc…

Et les prévisions de développement sont gigantesques. Une étude du cabinet d’audit PWC estime que le montant des transactions de ce pan de l’économie sera multiplié par 20 dans les 10 ans, pour atteindre 570 milliards au niveau mondial contre 28 milliards aujourd’hui.

 

Au premier abord cela ressemble à une menace pour l’économie « réelle » et notamment les petites entreprises.

Tout d’abord car les contours réglementaires restent flous, et certains secteurs s’élèvent contre une concurrence jugée déloyale.

Il est vrai que les règles d’hygiène ne sont pas les mêmes quand je vais dîner au restaurant ou chez mon voisin rencontré sur une plateforme internet.  De même, les exigences de compétences ne sont pas identiques quand je fais appel à un paysagiste ou que mon voisin vient entretenir mon jardin moyennant contrepartie en légumes ! Sans parler des distorsions sociales : les travailleurs de l’économie collaborative n’ayant, le plus souvent, ni statut, ni couverture sociale, ni statut fiscal.

Mais les choses évoluent. Le projet de loi pour une république numérique veut rendre plus lisible le détail du prix total des produits vendus sur les plateformes collaboratives (commissions, assurances, frais de livraison,…). Il ambitionne également de fiabiliser les avis en ligne, bases fondamentales de cette économie du partage.

De même, au niveau fiscal, le législateur a clarifié les choses début septembre 2016 : tous les revenus issus des échanges sur les plateformes doivent être déclarés, exception faite des activités de partage et de co-consommation. Celle-ci est définie par « une prestation de service dont bénéficie également le particulier qui la propose ». Donc, si vous louez votre voiture à votre voisin, les revenus sont imposés, si vous covoiturez avec lui, non. Mais attention, les revenus issus de l’acte de co-consommation ne doivent pas être supérieurs au montant du partage des frais. En clair, aucun bénéfice. Ou alors, il faut le déclarer.

Idem, pour le co-cooking : il est exonéré d’impôt dans la mesure où le prix couvre les dépenses engagées pour cuisiner, et seulement si le repas est pris au domicile du cuisinier. Dans tous les autres cas, notamment s’il y a livraison, alors il y a imposition. Le texte prévoit tout de même des seuils pour être imposables et certains abattements.

Les plateformes collaboratives seront bientôt contraintes d’informer les utilisateurs sur leurs obligations fiscales et sociales. Et suivra peut-être l’obligation de transmettre les informations en direct à l’administration fiscale.

 

Alors comment l’artisanat peut-il profiter de cette tendance ?

En y regardant de plus près, les valeurs qui sous-tendent la consommation collaborative sont justement celles de l’artisanat : proximité, lien social, production locale, savoir-faire, relation de confiance, personnalisation, …

De même, comme ce mode de consommation est basé sur l’usage, il convient également de s’inscrire dans une logique de service, en proposant avec le produit, un service personnalisé au client.

Rien d’inaccessible à l’artisan, bien au contraire !

Par ailleurs, de nouvelles plateformes se créent, représentant des opportunités de marché pour l’artisanat. Par exemple, dans le secteur des petits travaux de rénovation et du dépannage, des sites comme Allo Marcel ou Mes dépanneurs proposent aux consommateurs des entreprises pouvant répondre rapidement à leurs besoins d’intervention. Evidemment, tous les travaux passant par ce site sont commissionnés, mais cela peut permettre à l’entreprise d’élargir son marché.

Les sceptiques argueront que le risque n’est pas nul de placer l’artisan dans une position de faiblesse face à une grande plateforme, que la liberté tarifaire est mise en danger ou encore que la majorité des entreprises recensées sont des auto-entrepreneurs. Mais ces plateformes ne rétrécissent pas le marché, au contraire elles attirent des consommateurs nouveaux, qui n’auraient peut-être pas fait appel aux entreprises de proximité sans elles.

Parallèlement d’autres types de plateformes, gérées par des organisations professionnelles ou des coopératives artisanales voient également le jour, à l’image d’Artipole pilotée par l’ORCAB (Organisation des Coopératives d’Achats pour les Artisans du Bâtiment) ou Bati-devis, plateforme de devis en ligne initiée par la CAPEB.

Quel que soit les opérateurs derrière ces plateformes, il est clair que l’artisanat doit s’adapter à des codes parfois nouveaux : réactivité, prix, communication, et surtout notation par le client.

Les jeux sont donc ouverts pour l’artisanat face à cette nouvelle façon de consommer, encore une fois, son adaptabilité sera sa meilleure arme.

Il existe depuis septembre 2016, un MOOC (cours en ligne) sur l’économie collaborative et ses ressorts, n’hésitez pas à vous informer !

 

L'équipe Avisé

 

Sources : DGE, 12/09/2016

Le Moniteur, 24/04/2016

20 Minutes, 07/03/2016

Le Parisien, 05/09/2016

Le Figaro, 01/09/2016

Libre d'Agir, 20/09/2016

Blog innovation - artisanat - ISM, 03/09/2014

Observatoire de l'ubérisation

Crédit photo : Pixabay

 

 

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