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L'économie du bonheur

30/10/2015

Ce 12 octobre 2015, le prix Nobel d’économie a été attribué à Angus Deaton, un américano-britannique de 69 ans, professeur à l’université américaine de Princeton. Il a été ainsi récompensé pour ses travaux portant sur 3 axes de réflexion : « Comment les consommateurs répartissent leurs dépenses, combien dans une société est consommé et épargné, et enfin comment mesurer le bien-être individuel ».

Ses travaux sont d’autant plus originaux que, selon Mickaël Mangot, enseignant à l’Essec, il s’agit du « premier prix Nobel consacré à l’économie du bonheur ». Cette branche récente de l’économie place la notion du bonheur de l’individu au cœur de ses analyses. Chaque individu est naturellement en quête d’une vie agréable, épanouissante, confortable, à travers sa vie personnelle, sa vie professionnelle et sa façon de consommer. Chacun cherche sa place dans la société, elle-même organisée selon des choix et des décisions d’individus impactant directement notre économie. La question inhérente qui se pose : notre bonheur dépendrait-il de notre économie ?

 

Combien de fois n’a-t-on pas entendu « l’argent fait le bonheur ! »

Selon l’économiste Richard Easterlin l’augmentation du PIB par habitant pourrait contribuer à accroitre le bien-être par habitant mais jusqu’à un certain point. Autrement dit, un ménage vivant dans une certaine aisance financière aurait tendance à se sentir plus heureux qu’un ménage aux revenus plus modestes. Pour mieux comprendre ce que revêt la notion de bonheur, notion à la fois subjective et faisant appel à des valeurs propres à chacun, une enquête a été menée en mars 2015 par la DREES. Les réponses ont mis en lumière que, selon les sondés, le salaire d’un Français devrait atteindre, a minima, 1 693 € et qu’un individu serait riche à partir de 5 000 €/mois de salaire.

L’argent aurait comme utilité pragmatique et immédiate d’évacuer un certain nombre de soucis et de vivre dans un certain confort et un bien-être matériel. Mais la littérature sur le sujet de l’économie du bonheur explique que l’augmentation de revenu d’un petit salaire génère une augmentation du bonheur alors que pour un salaire confortable, l’effet rendu est nettement moindre voire nul.

Le bonheur ne s’obtiendrait pas grâce à la quantité d’argent disponible, à la capacité de surconsommer, à l’envie de posséder, mais à autre chose... Le bonheur ne s’achète pas !

Quel est donc cette « autre chose » ?

A moins d’être bien né et d’être rentier de son état, l’argent est le fruit de notre travail. Le bonheur se cacherait-il alors au travail ?

Selon Lucie Davoine, auteure du livre L’économie du bonheur, de ses analyses sur la satisfaction au travail, la qualité de l’emploi, elle déclare : « Ce n’est pas la croissance en tant que telle qui compte, mais la manière dont elle est produite (…), consommée, distribuée, partagée. » La satisfaction au travail, le bien-être au travail, ne seraient pas générés par l’argent obtenu pour service rendu. Ce serait plutôt les bonnes relations sociales, la nature du travail, les perspectives d’évolution, et une répartition harmonieuse en vie professionnelle et vie personnelle qui seraient les ingrédients nécessaires pour atteindre un état de bien-être.

La Fabrique Spinoza est un groupe de réflexion qui, par ses actions et sa communication, cherche à faire prendre conscience aux entreprises l’importance du bonheur dans leur organisation. Des chercheurs en psychologie et en neuroscience ont mis en lumière que la satisfaction au travail déclenche une amélioration de la performance, et non l’inverse. A contrario, la performance portée à son maximum renverse le processus et réduit le bonheur. Il y a là matière à réflexion sur la complexité de trouver son propre bonheur au travers d’un juste équilibre entre performance au travail et vie personnelle.

 

L’entreprise n’aurait-elle pas tout à gagner à favoriser le bien-être au travail en adaptant son organisation dans la perspective d’améliorer sa productivité ?

A ce jour les entreprises réfléchissant à leur organisation ont deux options :

  • S’impliquer dans la lutte des risques psychosociaux, tout ce qui pourrait porter atteinte à l’intégrité physique et morale de ses salariés (stress, fatigue, harcèlement, maladies professionnelles…) en appliquant le cadre légal.
  • Opter pour les grands principes de la responsabilité sociale des entreprises qui agissent selon des raisons morales ou sociales, par exemple, par leur implication dans le développement durable, le choix des clients et fournisseurs, des pratiques commerciales éthiques.

Une autre alternative serait de faire le choix d’une vraie réflexion sur le bien-être de ses salariés à la fois parce que humainement c’est bien, mais aussi afin d’obtenir un fonctionnement optimal de l’organisation et améliorer la performance. Le tout contribuerait à faire fonctionner l’économie.

Cette réflexion sur le bonheur peut paraître surprenante de prime abord, quand il s’agit d’aborder l’économie, le monde du travail, la performance, la réussite d’un pays. Mais c’est bien l’individu qui est au cœur des organisations.

 

Autre aspect, tout aussi important : le chômage, le revers de la médaille « travail »

Force est de reconnaître que l’économie joue un rôle déterminant dans l’équilibre instable travail/chômage.

Que devient le bonheur d’un individu passant du statut de travailleur à celui de chômeur ?

Le parlement européen s’investit dans la lutte contre le chômage notamment chez les jeunes par son initiative « Garantie pour la jeunesse ».

Constat est fait que le chômage fait partie des facteurs détériorant fortement le bonheur des individus et endommage leur équilibre. Pourtant on pourrait imaginer que percevoir une aide financière en tant que chômeur permettrait de maintenir son bonheur. Fausse idée ! Ce sont les différentes initiatives favorisant le retour à l’emploi, le lien social, les projets, l’utilisation de ses compétences qui permettent de maintenir son équilibre à travers des actions structurantes et valorisantes.

Aujourd’hui, l’économie du bonheur est une branche émergente de l’économie qui fait de plus en plus parler d’elle. Quel que soit le secteur d’activité et la taille de l’entreprise, TPE, PME, grandes entreprises, chaque organisation est concernée par le sujet. Chaque entreprise a sa propre réflexion à mener, selon ses spécificités, son organisation, ses objectifs de performance, ses ambitions économiques et ses forces vives.

Tout cela vaut la peine d’y réfléchir sachant que la performance de l’entreprise contribue aussi au bonheur de ses salariés ! Au final c’est du gagnant-gagnant !

L'équipe Avisé

Sources : 20minutes.fr, 13/10/2015

EconomieMatin.fr, 19/10/2015

Linfo.RE, 21/10/2015

Capital.fr, 16/04/2015

Economiedubonheur.com

Fabrique Spinoza

travaillez-mieux.gouv.fr

Ministère de l’Ecologie

Parlement européen actualité, 10/09/2013

Commission européenne

Metis, 05/01/2014

Latribune.fr, 18/03/2013

Lefigaro.fr, 25/02/2015

Crédit visuel : Pixabay

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