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Economie circulaire : des solutions novatrices pour les artisans

Déstocker les matériaux de chantier tel que le propose la plateforme Articonnex réservée aux artisans, partager un atelier et des machines comme chez Cobro, se fournir en matériaux de construction encore utilisables comme le propose Mineka… autant d’initiatives qui mettent en œuvre des nouvelles solutions pour les professionnels et favorisent l’économie circulaire.

 

Articonnex : louer et acheter selon vos besoins

Créée en juin 2019 en Loire Atlantique par Jean-Claire Lefloch, co-fondateur avec Emmanuel Morel et Clarisse Guillet-Lefloch, Articonnex est la première plateforme destinée aux artisans pour leur permettre d’acheter des matériaux ou de louer des machines selon leurs besoins.

Elle leur permet d’acheter des matériaux issus du stock disponible d’autres artisans ou encore de profiter du déstockage des coopératives du réseau ORCAB.

« L’idée de départ est de reconnecter les artisans entre eux, ils travaillent souvent à côté les uns des autres sans se parler » explique Emmanuel Morel.

Redonner vie à tous les matériaux figés au fond des ateliers, les remettre sur le marché plutôt que d’aller à la benne, telle est l’ambition de cette plateforme réservée aux professionnels.

« En France, cela représente plusieurs milliards d’euros de matériaux en stock chez les artisans » poursuit le co-fondateur d’Articonnex. Suivant les régions, le réemploi de matériaux comme le bois, les briques ou les tuiles, mais aussi les parquets, fonctionne très bien.

« Nous percevons une commission de 15% sur les transactions. Une assurance MMA s’applique pour tous les actes de location entre artisans ».

Partant du constat que dans son propre atelier il n’utilise son matériel qu’à 25%, Jean-Clair Lefloch, lui-même menuisier de métier, a eu l’idée de cette mise à disposition d’ateliers et d’outils, électroportatifs ou machines fixes. « Cela favorise la mise en relation dans les zones artisanales » précise Emmanuel Morel.

 

Mettre en lien les artisans

Beaucoup d’annonces concernent la vente de matériaux, mais les transactions de location de matériels sont aussi en plein essor. L’objectif d’Articonnex est de mettre en lien 10 000 artisans en France d’ici fin 2020 contre 5000 depuis la création de la plateforme.

« Nous avons pour cela d’autres idées dont la création d’un web magazine qui illustrera le réemploi des matériaux, l’utilisation des outils en travaillant par exemple avec des Youtubeurs célèbres et présentera des portraits d’artisans ». Il sera en ligne courant mai 2020 et accessible à tous.

Par ailleurs, la plateforme a mis en place le prêt de main d’œuvre entre artisans. « Un site spécifique est réservé aux artisans, Articonnex vérifie les annonces. Un outil de géolocalisation facilite la mie en contact : nous mettrons à disposition des artisans des contrats-types pour le prêt de main d’œuvre ». 

Enfin, la plateforme va se doter en septembre 2020 de son premier entrepôt physique, de 300 m2. Il sera destiné aux artisans mais aussi aux communes et aux constructeurs. Il fonctionnera comme un dépôt vente, avec la reprise de matériaux sur les chantiers.

« C’est du bon sens global d’aller récupérer les surplus de chantiers non utilisés, qui remplissent les bennes afin de favoriser les économies et la réduction des déchets » conclut Emmanuel Morel.

 

Cobro : partager un atelier

Autre initiative, celle de Cobro à Vaulx-en-Velin, près de Lyon, qui consiste à apporter un support technique aux artisans à travers la location d’atelier et la sous-traitance.

« Nous proposons de la flexibilité, il n’y a pas de bail ni de charge fixes. Le but est que les gens travaillent ensemble » explique Hugues Durouchoux, son fondateur. La structure est une entreprise de coworking, véritable entreprise de services pour les professionnels : des menuisiers et des agenceurs (dressings, placards) pour 80% ainsi que des ébénistes (20%).

Ils ont à disposition 650 m2 de locaux dont 500 m2 d’ateliers et trois espaces de résidence (bureaux de stockage, finitions), avec un parc de machines complet : 1 scie à format (pour les grands panneaux d’aggloméré ou le bois massif), 1 plaqueuse de chants (un matériel très cher et difficilement amortissable par un seul artisan), 1perçeuse multi-broches, des toupies, 1 cabine de peinture. Tous travaillent à la demande, en fonction de leurs besoins, avec une facturation à l’heure ou à la ½ journée.

Ouvert en janvier 2019, Cobro est monté peu à peu en puissance pour tourner aujourd’hui avec une cinquantaine de professionnels dont 30 réguliers et même 15 très réguliers.

« Nous nous adressons à des artisans qui ont des contraintes de qualité et de réactivité à respecter. Cela leur permet de répondre à tout changement d’avis de la part des clients ».

80% sont des artisans en activité de longue date, et les autres sont des professionnels en reconversion ou de jeunes artisans. Auparavant conseil en entreprise, Hugues Durouchoux leurs dispense aussi des conseils en organisation et favorise leur mise en réseau.

 « Je me suis inspiré d’autres ateliers partagés tels que la Menuiserie collaborative à Montpellier ou La Fabrique à Francheville qui fait d’ailleurs partie des associés de Cobro ».

A plus long terme, la structure prévoit de travailler en réseau, car par principe sa zone de chalandise est limitée à une cinquantaine de kilomètres autour de l’atelier. « Il y a d’importants réservoirs de rénovation en matière immobilière dans les grandes villes comme Bordeaux, Marseille ou Nantes, nous pourrions à terme y ouvrir d’autres ateliers » conclut Hugues Durouchoux.

 

Mineka démocratise le réemploi des matériaux

A Villeurbanne, Mineka est une structure associative lancée en 2016 dont le but est de démocratiser le réemploi dans la construction. Dans cette logique, elle collecte des matériaux destinés à la benne auprès des professionnels.

« C’est une plateforme physique destiné aux professionnels mais aussi aux particuliers et aux associations, qui a pour objet de capter ce gisement de matériaux enfouis ou destinés à la benne » souligne Arnaud Baert, chef de projet chez Mineka. Et de préciser qu’en France, ¼ de ces matériaux sont réutilisables en l’état, d’où l’importance de récupérer ce gisement stocké sur 700 m2.

« Nous collectons les matériaux sur site auprès des artisans, sur les chantiers du BTP ou encore auprès du secteur des expositions. La collecte est pesée pour que l’artisan puisse mettre en avant se démarche » explique Aranud Baert. Puis les matériaux sont conditionnés et remis en service.

Beaucoup de ceux-ci sont déposés par des plaquistes, des peintres, ou des menuisiers. Le stock est assez gros pour fournir les professionnels (15 à 20 tonnes en moyenne en stock), à un prix de revente assez faible. Artisans ou particuliers ont ainsi accès à des matériaux moins chers. Ouverte les mercredis, vendredi et samedi, la plateforme compte 5 permanents et travaille avec de nombreux bénévoles pour la manutention. Elle a pu profiter de l’aide de la métropole lyonnaise pour se déployer et notamment pour l’acquisition d’un camion destiné à la collecte en gros.

Lancée par 4 architectes, Mineka favorise le réemploi dans la construction moyennant une adhésion à l’association de l’ordre de 10 euros par an pour les particuliers, 50 euros pour les entreprises de moins de 10 salariés et un peu plus pour les plus grandes entreprises.

 

L’équipe Avisé

 

Crédit photo : Articonnex