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Automobile : le décolletage touché de plein fouet par la pénurie de composants

« L’été a démarré fort avec l’officialisation, le 14 juillet, autour de l’arrêt des véhicules thermiques en 2035 annoncé par l’Europe » rappelle Camille Pasquelin, directrice du Syndicat national du décolletage (SNDEC). Mais dans l’immédiat, c’est la pénurie de composants chez les constructeurs automobiles qui impacte directement l’activité des décolleteurs par effet de ruissèlement.

 

Délais rallongés et commandes stoppées

L’assemblage complet des véhicules est devenu impossible avec des délais de livraison rallongés de six à huit mois au moins. « La pénurie de composants est un phénomène qui a mis cinq à six mois à ruisseler jusqu’à la sous-traitance automobile. On en avait vu les prémices en août mais là, on est dans le dur » explique Camille Pasquelin. L’automobile est en effet toujours le premier marché du décolletage. Il est donc directement impacté par l’arrêt de production de semi-conducteurs chez les constructeurs, et les commandes de pièces décolletées sont stoppées, parfois sans aucun préavis.

Cette pénurie devrait durer au moins jusqu’au premier semestre 2022, entraînant, au niveau mondial, la non-fabrication de quelque 7,5 millions de véhicules. « C’est 10% du volume mondial qui ne va pas se faire ». En amont, tous les fournisseurs vont être impactés, mais la pénurie de composants sera conjoncturelle. « C’est une crise dans la continuité économique à laquelle doit faire face la sous-traitance automobile ».

 

Raréfaction de certains profils

En parallèle, le décolletage manque toujours de collaborateurs pour produire : l’enjeu aujourd’hui est donc de trouver des compétences pour fabriquer les commandes déjà engrangées. Des disparités existent cependant selon les entreprises du secteur : en fonction du portefeuille de clients constructeurs, des pièces décolletées pour des produits très différents, et enfin du niveau de dépendance par rapport au marché automobile.

Le manque d’opérateurs apparaît dans la raréfaction de certains profils tels que celui d’opérateur-régleur sur industrie 4.0., ou encore de magasinier. Le recrutement des populations de jeunes en sortie de bac pro reste en effet compliqué, faute de candidats en nombre suffisant. Quant au contenu de la formation, il est parfois encore en décalage avec le besoin industriel.

« Il faut accompagner les entreprises qui ont du potentiel de recrutement sur leur approche du candidat et sur la marque employeur, pour vraiment redonner à certains l’envie de travailler dans l’industrie.».

La réalité du salaire n’est elle-même plus suffisante. « Dans la vallée de l’Arve, un technicien qualifié est mieux valorisé qu’un jeune ingénieur ». Il faut appréhender le problème du recrutement comme un tout : l’environnement de travail, la qualité de vie et le salaire en ciblant les jeunes comme les seniors.

Ce sujet met en lumière une question de chronologie par rapport à la transition électrique de la mobilité : tant que l’entreprise industrielle n’est pas au pied du mur, il est difficile de la mobiliser car elle a déjà nombre de problématiques à court terme à résoudre.

« On constate un effet de glissement : il y a déjà tellement de problématiques à court terme que l’horizon 2035 paraît loin ». Les entreprises du décolletage, outre la pénurie de composants, sont également concernées par les difficultés d’approvisionnement en matières premières, les énormes hausses des matériaux et par le renchérissement du coût de l’énergie (électricité).

 

Arrêt annoncé des véhicules thermiques

C’est dans ce contexte que « l’été a démarré fort avec l’officialisation, le 14 juillet, autour de l’arrêt des véhicules thermiques en 2035 plutôt qu’en 2040 annoncé par l’Europe », souligne Camille Pasquelin. Les professionnels avaient déjà relevé plusieurs signaux, mais c’est la première brique réglementaire qui est posée.

« Le discours tenu fin août annonce une disruption totale de l’industrie française : on va vers d’énormes difficultés d’application et vers un ruissèlement sur l’ensemble de l’économie, mondiale et française. Il s’agit d’avoir une approche à 360 degrés, et pas seulement de regarder la réalité électrique : il faut prendre l’équation dans son ensemble » complète la directrice du SNDEC.

En fait, ce coup de semonce concrétise ce qui était dans le pipe-line depuis plusieurs années. Le décolletage doit désormais se projeter vers l’avenir. Son approche doit se consolider avec une recherche plus pointue sur les tenants et aboutissements de l’e-mobilité. « Il y a moyen d’aller vers moins de CO2 avec des schémas hybrides, mettant en œuvre des mix énergétiques. L’ensemble des parties prenantes commencent à s’accorder sur le fait que l’électrique n’est pas l’unique solution ».

 

Aborder de nouveaux marchés

Concrètement, les décolleteurs doivent accentuer la diversification de leurs marchés, c’est le sens du Plan Décolletage dans la Vallée de l’Arve, signé en janvier 2021 par le biais d’une convention avec l’Etat.

La démarche de pénétration de nouveaux marchés est déjà en cours vers le secteur des machines et équipements (machines-outils, équipements périphériques) ou dans le domaine de l’hydrogène, même si ce marché n’est pas encore calibré.

Actuellement l’automobile représente encore 55% du marché du décolletage, suivie par l’aéronautique 20%, le reste se répartissant entre les biens d’équipement, le sport, la cosmétique de luxe, la robinetterie ou encore l’énergie. « Le décolleteur fournisseur de l’automobile est aujourd’hui sous pression et soumis à une multiplicité de problématiques. Il lui faut à tout prix sortir de la dépendance à l’automobile » conclut Camille Pasquelin.

 

 

L’équipe Avisé

 

Source : SNDEC

 

Crédit photo : Martin  Joseph Auto