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Coronavirus : les artisans engagés eux aussi

Que ce soit pour la fabrication de masques ou celle de gel hydroalcoolique ou encore de visières de protection en plexiglas, les artisans s’organisent eux aussi pour répondre à la demande.

 

Les Cousettes du Soleil au front

Parmi eux, Murielle Messing, créatrice en septembre 2019 des Cousettes du Soleil à Thyez en Haute-Savoie. « J’ai commencé dès le 16 mars à fabriquer des masques en tissu par empathie avec les personnes qui travaillent » explique-t-elle. Pour le personnel des EHPAD, pour des caissières de supermarchés, mais aussi pour un dépanneur informatique et quelques infirmiers du CHAL, le Centre Hospitalier Annemasse Léman.

« Je me suis rendu compte que tous les marchés et les salons étaient annulés et que je n’aurai plus rien à faire. Mais, j’avais un stock de tissus, j’ai cherché quelques tutos et j’ai décidé de créer un masque en trois épaisseurs, qui protègerait au moins un minimum ». Plus de 400 masques ont ainsi été produits. « Les personnes me contactent par Facebook ou mail et je dépose les masques sur ma fenêtre. Je ne sors pas, je suis moi-même une personne à risque ». Désormais la difficulté est de trouver des élastiques, qui commencent à manquer. Elle a donc passé commande sur internet et en attendant en reçoit d’un peu partout.

Pour Les Cousettes du Soleil, jusque-là spécialisées dans la production d’accessoires zéro déchet - dont des éponges réutilisables - la période qui s’ouvre s’annonce difficile. « Je ne pense pas que mon entreprise se relèvera de tout cela » regrette Murielle Messing qui redeviendra une couturière à domicile. En attendant, elle a fait des émules : d’autres couturières de la vallée se sont mises, elles aussi, à faire des masques.

 

De la lotion hydroalcoolique plutôt que du parfum

Basé à Archamps en Haute-Savoie, L’Atelier Français des Matières, fabricant de parfums pour des petites marques haut de gamme et concepteur de ses propres collections pour la haute parfumerie, a réorienté sa production en ces temps de crise pour fabriquer de la lotion hydroalcoolique.  « Nous ne proposons que du vrac 5litres et 20 litres et des flacons 150 ml vides (étiquetés conformément à la règlementation) si besoin pour transvaser. Ce sont quelques centaines de litres qui sont destinées au personnel des entreprises qui sont encore sur le pont » explique son dirigeant Rémy Pulvérail. « Cela concerne les usines mais aussi les chantiers ou les commerces, soit une trentaine de PME de Haute-Savoie que nous avons contactées en jouant l’effet réseau ».

Reste que les 400 litres qui seront livrés début avril, pourraient être les derniers car le décret qui fixe le prix de la lotion hydroalcoolique…n’a pas encadré le prix de ses composants. « Résultat, le prix de l’alcool a triplé tout autant que celui des packagings » poursuit Rémy Pulvérail. A ses yeux, seuls les grands donateurs tels que LVMH ou l’Occitane pourront continuer d’en produire. « Tout le tissu de PME qui à la capacité d’en fabriquer et d’en vendre risque de passer à la trappe ! » Il s’agit pourtant de créer un marché pérenne de la lotion hydroalcoolique et de ne pas tuer le poussin dans l’œuf.

 

Une production boostée

Alpa Berthod, basé à la Roche-sur-Foron en Haute-Savoie et à Ambronay dans l’Ain, est un plasturgiste spécialisé dans le soufflage PET et l’extrusion-soufflage de contenants en plastique.

« Nous avons une partie de nos clients qui travaillent dans l’hygiène et le para-cosmétique » explique Jean-Louis Berthod, patron de l’entreprise artisanale. Le site de la Roche a été réorganisé pour fabriquer environ 300 000 flacons par jour destinés au gel hydroalcoolique et au savon ainsi qu’un produit désinfectant. A Ambronay, ce sont quelque 80 000 contenants qui sont produits chaque jour pour des sprays désinfectants, de la lessive et d’autres produits d’hygiène.Les deux unités de production fonctionnent en 3X8, avec respectivement une vingtaine de salariés à la Roche et 8 ou 9 à Ambronay.

« Depuis deux ou trois semaines, les références pour du gel hydroalcoolique et du savon ont littéralement explosées et la production tourne désormais à 110 ou 120% à la Roche, et un peu moins à Ambronay » explique Jean-Louis Berthod « Je suis ému car à part quelques cas à risque, tout le monde est resté à son poste. Le seul souci, c’est de continuer à fabriquer, à charger et à livrer. L’objectif est de passer le relais sans augmenter les prix ».

Alpa Berthod privilégie néanmoins les clients qui font travailler l’entreprise à l’année comme MP hygiène à Annonay dans l’Ardèche, Orapi dans le Rhône ou Provendi en Haute-Savoie.

« Une solidarité transversale et locale s’organise aussi entre les entreprises. Une société dans l’événementiel qui ne fonctionne plus du tout actuellement nous a prêtés ses moyens de transport, un décolleteur d’Aize recherche des flacons de gel hydroalcoolique pour redémarrer son activité. » image Jean-Louis Berthod. Et de conclure : « Aujourd’hui, on est loin du «plastique bashing » d’il y  a trois mois ! Comme pour le diesel, c’est la fin de vie ou l’usage que l’on fait des contenants en plastique qui doit être appréhendé. On se rend compte de la fonctionnalité du plastique qui est d’apporter de la sécurité aux gens ». D’autant qu’au vu de l’expérience acquise en 2009 lors de la grippe H1N1, Jean-Louis Berthod table cette fois sur une demande forte avec une épidémie de Covid-19 qui devrait encore durer dans le temps.

 

Des protections pour les soignants

Même constat chez Plasti Savoie Industries (PSI) « où tout le monde s’est mis en mode action pour répondre de façon exceptionnelle aux besoins des soignants » indique Cyril Gonnet, son dirigeant. Dans cette entreprise artisanale d’une dizaine de salariés, se fabriquent depuis le 15 mars, des comptoirs de protection pour les pharmacies et des visières de protection pour les soignants. L’outil de production, une usine de 800 m2 d’ateliers à Meythet, est aujourd’hui dévole à 90% à cette activité.

L’entreprise est un spécialiste de la transformation à façon de plexiglas, de PVC et de polycarbonate, un métier entre celui du menuisier et du métallier. Elle conçoit à la demande du mobilier, des présentoirs ou des capotages de machines.

« La première demande est venue la veille du confinement de la part de supermarchés pour la protection des caissières. Mon personnel était en RTT, toute l’équipe s’est portée volontaire pour revenir ». Durant trois ou quatre jours, PSI a donc travaillé pour les supermarchés et les pharmacies de la Haute-Savoie mais également en envoyant du matériel dans le Nord, le Grand Est et en Ile-de-France.

« Toutes les caisses de Provencia ont été équipées ainsi qu’une trentaine de pharmacies et un laboratoire. Nous avons ouvert une boutique en ligne, en cours de création à ce moment-là,pour proposer deux articles avec et sans frais de port » explique Cyril Gonnet.

 

En chef de guerre avec une équipe solidaire

La première semaine de confinement achevée, il s’est posé dans l’atelier. « Je me suis mis en configuration de guerre. Qu’est ce que j’ai sous la main alors que tout le monde ou presque (les fournisseurs) a fermé ? Il s’est agi de répondre avec nos outils et notre stock de matières. J’ai dessiné une visière de protection en polypropylène et en PETG, découpée au laser ». Destinée aux soignants, elle a été mise au point avec le concours d’un médecin urgentiste et les premiers essais ont été réalisés à Annecy et Cluses. « Elle est vendue à prix coûtant pour les soignants qui ont juste à transmettre leur numéro ADELI afin de les identifier » explique le patron de PSI. Pour les autres professions (boulangeries, boucheries, tabac presse et autres commerces), chaque demande est étudiée et qualifiée.

Dotée d’un bureau d’études de 2 personnes et d’un parc machine complet ( 2 fraiseuses à commande numérique, 2 machines de découpe laser, 3 bancs de pliage, 1 four de formage et 1 thermoformeuse), PSI étudie déjà le développement de deux nouveaux produits, également destinés aux soignants.

« Beaucoup d’entrepreneurs devraient nous rejoindre et ouvrir un service d’astreinte pour répondre aux demandes. Trop de gens se sont arrêtés. Chaque entreprise devrait disposer d’un numéro d’urgence pour servir les besoins essentiels » indique Cyril Gonnet qui agit en chef de guerre avec derrière lui toute son équipe solidaire.

Et de poursuivre : « On vit quelque chose d’unique, il faudrait un organisme qui se mette en mode guerre pour coordonner toutes les initiatives. Nous sommes beaucoup trop à œuvre chacun de notre côté et cela encore durer un à deux mois ! ».

Pour l’entrepreneur, il faudra en tirer des conclusions et une expérience afin de concentrer les énergies. Sa société s’est en tout cas dans l’adversité trouvé une nouvelle vocation et des capacités, celle du secteur médical.

« La vis que nous mettons sur nos visières de protection pourrait être fabriquée par des décolleteurs de la vallée de l’Arve » conclut Cyril Gonnet qui passe la frontière pour livrer, depuis sa filiale suisse, des soignants et des pharmacies genevoises, elles aussi dans le besoin.

 

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L’équipe Avisé

 

Crédit photo : Les Cousettes du Soleil