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Décolletage : la reprise dans l’aéronautique plus rapide que prévu

Représentant 20% du chiffre d’affaires du décolletage, l’aéronautique a été comme l’automobile très impactée par la crise du Covid-19. Un problème dont le secteur sort peu à peu, avec une reprise programmée plus rapide que prévue en attendant la rupture technologique décarbonée.

 

Une reprise menée tambour-battant

« Certains décolleteurs sont aujourd’hui principalement tournés vers l’aéronautique, qui représente 20% du chiffre d’affaires total du secteur contre 50% pour l’automobile » explique Camille Pasquelin, directrice du SNDEC, le Syndical National du décolletage. Très impactés par la crise du Coivd-19 qui sévit depuis bientôt deux ans, ils connaissent actuellement une remontée en puissance, plus tôt que prévu. 

Dans les faits, la reprise escomptée  à horizon 2024 au niveau de 2019 et tirée par le trafic, sera plus rapide et interviendra dès 2022 grâce aux commandes d’appareils plus compétitifs, car moins consommateurs en carburant et moins émetteurs de CO2. « Elle sera même plus forte, il n’y a pas de sinistrose, l’accélération est déjà effective, la demande dynamique tangible » poursuit Camille Pasquelin, citant le président de Savoie Rectification également vice-président du cluster Aérospace, et membre du Conseil d’administration du SNDEC, Benoît-Etienne Guignard.

 

Fort ruissèlement technologique pour le décolletage

Tous les décolleteurs actifs dans le secteur en profitent, petits ou grands : la région Auvergne-Rhône-Alpes est en effet la première région de sous-traitance aéronautique. En effet, les décolleteurs servent Airbus, déjà très bien positionné voir seul sur le segment des avions moins énergivores avec des appareils comme l’A321 du programme Néo, moyen-courrier monocouloir bénéficiant d’un coût d’exploitation 30% inférieur par rapport à l’ancienne génération.

Cette avance est déterminante dans les faits par rapport à Boeing, avec 20 appareils fabriqués en plus par mois. « Airbus a annoncé qu’il produira 64 avions par mois d’ici fin juin 2023 plutôt que 40 comme prévu au départ. Ce chiffre sera porté à 75 appareils chaque mois d’ici 2025. Cela donne une forte visibilité et un fort ruissèlement pour le décolletage ».

Mais la reprise reste conditionnée par la problématique de l’accès aux matières premières et aux composants, tout va dépendre de la disponibilité des ressources, et des problèmes de recrutement. « C’est un gros point d’interrogation pour la filière », reconnaît Camille Pasquelin. Pour exemple, l’automobile qui a redémarré plus tôt a enregistré un très fort impact sur les matières premières devenues chères et rares.

Le projet majeur d’innovation du secteur repose sur le futur avion à hydrogène. « Au travers de ce projet, là encore le ruissèlement de l’innovation est effectif. Mais on table sur une homologation du premier avion à hydrogène seulement dans dix ans ! » En septembre 2020, Airbus annonçait en effet vouloir développer un avion 100 % hydrogène d'ici à 2035.

 

Dynamique de mutation

En attendant, les décolleteurs se sont engagés dans une dynamique de mutation : « Ils sont volontaristes dans les programmes d’innovation et prennent le train de l’innovation fléché par la mobilité décarbonée ».

Ainsi, la profession s’est fortement mobilisée pour enclencher la relance et le rebond : les décolleteurs participent actuellement au fonds de modernisation pour poursuivre les investissements qui avaient été bloqués au plus fort de la crise sanitaire.

L’aéronautique est  un marché de diversification important pour le décolletage,  qui offre encore un fort potentiel de développement. En mars 2021, on dénombrait déjà 20 projets Aéro dans le fonds de modernisation France Relance lancé par le gouvernement, contre 27 dans l’automobile.

Les sous-traitants doivent automatiser leur fabrication pour rester compétitifs. « Le décolleteur fournisseur de l’aéronautique doit démontrer une forte capacité à s’adapter aux besoins actuels en capacité de production et les règles de certification dans l'aéronautique. Tels sont les enjeux pour que la profession capte le levier de diversification et de croissance que représente la filière aéronautique. » poursuit Camille Pasquelin.

Parmi les entreprises de la vallée les plus actives dans le domaine, on citera Aéromédica, Accurate, Alpes Décolletage, Jean-Claude Paturel, Lathuille Hudry, Sunap ou encore Supermétal auxquelles s’ajoutent de nombreuses TPE.

 

Plusieurs défis à relever

Pour faire face aux enjeux de la mobilité décarbonée, le décolletage, où sont très actives les entreprises artisanales, devra relever plusieurs défis. Tout d’abord un défi transversal, celui du recrutement et de l’évolution des compétences. La tension sur les métiers s’est encore aggravée, une partie du personnel a arrêté son activité après la mise en chômage partiel durant la crise sanitaire.

« Il y a un vrai défi de formation avec la digitalisation des process qui s’accentue : on s’oriente de plus en plus vers des ruptures technologiques. Il faut donc aussi que la formation continue soit en adéquation avec cette réalité ». La profession mène plusieurs actions pour faire évoluer l’offre de formation.

Autre défi à relever, celui de la transmission des entreprises d’une génération à l’autre. « Les décolleteurs se sont largement organisés dans l’anticipation de la transmission, qui est plus fluide qu’il y a dix ans. Reste que le mouvement a été aussi impacté par la crise sanitaire, rendant les données de transmission plus compliquées », conclut la nouvelle directrice du SNDEC, confiante sur la capacité de rebond du décolletage.

 

L’équipe Avisé

 

Crédit photo : Pixabay