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EPHJ: une mission collective d’Auvergne-Rhône-Alpes en quête d'opportunités

La 19e édition du salon EPHJ à Genève, rendez-vous professionnel de la sous-traitance et des microtechniques, a accueilli pour la première fois une mission Auvergne-Rhône-Alpes en lien avec la Chambre de Métiers et de l’Artisanat Auvergne-Rhône-Alpes. Un stand collectif a aussi été mis en place pour six entreprises de la région qui ont pu présenter leurs savoir-faire.

 

La Suisse une priorité pour la Région

« La Suisse est un pays prioritaire pour la Région Auvergne-Rhône-Alpes, elle abrite un écosystème industriel et d’innovation très riche » a rappelé Maud Schneider d’Auvergne-Rhône-Alpes Entreprises en accueillant la quinzaine d’entreprises composant cette première mission de prospection collective sur l’EPHJ, le salon des microtechniques, à Genève.

Des parcours « inspirants » pour les innovations et faciliter le business en Suisse ont été proposés aux TPE et PME participantes, dont beaucoup sont adhérentes à la Chambre de Métiers et de l’Artisanat d’Auvergne-Rhône-Alpes. Une belle occasion pour toutes de découvrir la richesse d’un salon dédié aux sous-traitants de l’horlogerie, qui s’est ouvert, au fil des années, aux microtechniques et aux technologies médicales.

 

Facilitateur d’affaires et vitrine de l’innovation

De quoi convaincre, si nécessaire, de l’importance d’une diversification des activités. « Sur 530 exposants cette année, la moitié travaille dans les technologies médicales » a expliqué Alexandre Catton, directeur de l’EPHJ. Plus généralement l’événement joue le rôle de facilitateur. « Nous croyons fortement aux rencontres entre les personnes » a -t-il complété. L’innovation est partout mais il faut venir la chercher dans les allées de Palexpo, la culture du secret restant forte en Suisse.

« Nous accompagnons les exposants dans la transversalité des savoir-faire et encourageons la diversification des activités » a ajouté Alexandre Catton en annonçant les dates de la prochaine édition, du 14 au 17 juin 2022. Cette année, parmi les exposants, 75% étaient Suisses, 15 à 20% Français, suivis par les Allemands, les Autrichiens et les Italiens.

 

Auvergne-Rhône-Alpes fondue dans le décor

Ce rendez-vous réservé aux professionnels a accueilli une mission d’une quinzaine d’entreprises d’Auvergne-Rhône-Alpes, s’intéressant aux trois domaines de spécialisation du salon : la haute précision, la sous-traitance en horlogerie-joaillerie, les micro-technologies et les technologies médicales. De quoi développer à l’avenir pour chacune de nouvelles opportunités d’affaires sur le marché suisse.

D’ailleurs, la démarche a déjà séduit, parfois depuis plusieurs années, plusieurs entreprises d’Auvergne-Rhône-Alpes qui ont exposé, pour certaines leurs compétences sur un stand collectif régional, d’autres préférant se fondre dans le décor du salon, en toute discrétion :

  • Ellistat (Chavanod, Haute-Savoie), spécialisée dans les outils qualité et les formations « pour faire des pièces bonnes et fonctionnelles, a notamment présenté APC (Automated Process Control). Ce module permet de régler automatiquement les machines-outils à partir de la mesure d’une seule pièce. Une fois calculés par un algorithme, les correcteurs peuvent être envoyés automatiquement sur la machine-outil. La configuration est réalisée à partir du fichier 3D de la pièce créant une réelle continuité numérique des informations dans l’atelier. APC trouve des applications dans de nombreuses industries dont l’horlogerie. Il s’adresse à tous les usineurs et décolleteurs. Ellistat, qui participe à l’EPHJ pour la 3ème fois, se développe en direct en Suisse où elle réalise 50% de son chiffre d’affaires.

 

  • Expertise Vision (Thyez, Haute-Savoie) est un spécialiste des machines d’inspection de tri par vision qui permettent de contrôler la qualité en automatique sur des petites pièces en série. Elle réalise 50 à 60% de son chiffre d’affaires dans l’automobile, 20 à 30% dans la connectique, 10% dans le médical et autant dans l’horlogerie. Sa stratégie est de construire des machines standards modulaires, adaptées aux besoins de ses clients et ainsi de proposer des moyens reconfigurables et pérennes. La société participe depuis 2012 à l’EPHJ où elle propose sa gamme de machines pour le marché suisse.

 

  • L’O Découpe (Bonneville, Haute-Savoie) est spécialisé dans la découpe jet d’eau à haute pression sur tous types de matériaux et pour tous types de pièces. Une technologie proche de l’électroérosion (mais 30 à 40% moins chère) ou de la découpe à ultra-sons. La découpe jet d’eau haute pression est adaptée à la découpe de pierres pour la joaillerie ou à celle de boîtiers de montres. La société travaille en Suisse pour le secteur des machines spéciales et participe pour la 2e fois à l’EPHJ.

 

  • M20 (Scionzier Haute-Savoie) est un constructeur de machines-outils spéciales et un spécialiste de la maintenance. Durant la crise sanitaire, la société qui est déjà présente sur le marché suisse avec une filiale, a également développé un système de purification d’air qu’elle propose notamment aux horlogers. Elle participe depuis 7 ans à l’EPHJ où elle retrouve tout un panel de clients, notamment les grands donneurs d’ordres horlogers.

 

  • Neo-Logix (Clermont-Ferrand, Puy-de-Dôme) est un éditeur et un intégrateur de logiciels exclusivement destinés à la joaillerie et depuis quelques années à l’horlogerie. La société développe notamment des tablettes tactiles qui sont distribuées dans les ateliers aux opérateurs. A n’importe quel moment, un suivi de production de pièces est accessible sur écran, ce qui est notamment une source de rentabilité pour l’utilisateur. La société participe pour la 2e fois à l’EPHJ pour affirmer son positionnement auprès de ses clients actuels et trouver de nouvelles opportunités. Elle travaille déjà avec plusieurs sociétés horlogères du groupe LVMH et les grands joaillers de la Place Vendôme, à Paris. Neo-Logix réfléchit actuellement à une implantation en Suisse.

 

  • Siltronix (Archamps, Haute-Savoie) est un fabricant de plaquettes de silicium qui développe des technologies utilisées pour les microtechniques et les Medtech. Pour l’horlogerie, elle propose par exemple de travailler sur l’aspect visuel des pièces, grâce à la couleur. Elle utilise aussi la gravure à la précision du micron pour la réalisation de pièces. Le silicium, lisse, léger, élastique, peut être aussi poli : autant de propriétés que n’ont pas les métaux. L’entreprise a collaboré avec l’horloger Panerai pour développer la première montre « écologique », c’est-à-dire fabriquée à partir de 90% de matériaux recyclés, présentée cette année. Ses technologies intéressent des spin-off de l’EPFL (Lausanne) ou du CSEM (Neuchâtel). Les applications sont en effet multiples dans la parfumerie, l’horlogerie ou les Medtech et plusieurs recherches sont en cours.

 

  • Manufacto (Lyon, Rhône) est dirigée par Philippe Jacquin-Ravot, artisan d’art passé maître dans la micro-peinture sur cadrans de montres. Après une formation aux Beaux-Arts, il a d’abord travaillé pour un oculariste avant de créer son entreprise, début 2018. Il a choisi de rester à Lyon, proche de Genève mais aussi du Jura ou de Paris, où il a ses clients. Il travaille pour l’essentiel sur des cadrans en nacre ou en métaux précieux et consacre environ une semaine à chacune de ses créations. Il répond aussi aujourd’hui à la forte personnalisation de la demande exprimée par les manufactures horlogères et leurs sous-traitants. Il a choisi pour la première fois d’exposer son savoir-faire à l’EPHJ mais espère bien le mettre prochainement en avant au côté d’autres artisans d’art : son objectif est de voir la création d’un pôle d’artisans d’art au moins à vocation régionale, sinon plus.

 

  • Pracartis (Peillonex, Haute-Savoie) propose des solutions globales d’usinage de précision à l’automobile, l’aéronautique et l’horlogerie et travaille avec beaucoup de sous-traitants décolleteurs. Le groupe déploie ses prestations autour d’un centre de recherche/développement et un centre d’essais de 300 m2. Son objectif est d’accompagner au mieux ses clients : dans cette optique, il a ouvert Pracartis Suisse depuis quelques mois. La création de cette filiale a pris trois ans mais s’est avérée primordiale pour le suivi des affaires dans le domaine de l’horlogerie. Cette entité devrait rapidement monter en puissance.

 

  • Seb’ Automatisme (Marnaz, Haute-Savoie) est un concepteur de machines spéciales. La société a choisi d’implanter en Suisse une filiale, à la fois antenne commerciale et vitrine technologique. Elle s’est installée à Bienne, sur le Swiss Park Innovation, où elle a mis en service deux démonstrateurs technologiques. Elle a ainsi gagné en visibilité sur le marché helvétique et y développe désormais ses affaires. Elle participe pour la 1ère fois à l’EPHJ.

 

  • Vulkam (Saint-Martin d’Hères, Isère) est spécialisée dans le développement de métaux amorphes. Start-up deeptech issue des centres de recherche grenoblois, elle s’appuie sur trente ans de recherche sur les alliages métalliques amorphes (AMA) au sein d’un des laboratoires phares de la métallurgie française, le SIMAP. Son équipe est composée de 12 personnes, ingénieurs, docteurs, chercheurs. Elle a développé différentes gammes de matériaux adaptés à des segments de marchés, des machines, et la technologie de moulage de pièces ou de préformes. Certains matériaux trouvent des applications médicales telles que la miniaturisation d’outils de chirurgie notamment de chirurgie optique (cataracte, rétine…etc.), d’autres dans l’horlogerie. La société prévoit une levée de fonds en 2022, notamment pour construire son futur outil industriel. En Suisse, elle travaille actuellement en direct pour le médical et l’horlogerie.

 

Bonnes raisons de miser sur le marché suisse

Florent Belleteste, directeur de Business France Suisse, a rappelé que faire des affaires en Suisse ne s’arrête pas à Genève, les deux tiers du pays parlant allemand. Il a aussi souligné que même durant la crise sanitaire, le pays a toujours fonctionné, prouvant une fois de plus son pragmatisme. Il est composé de 26 cantons qui ont chacun plus de pouvoir que la Région Auvergne-Rhône-Alpes, ce qui implique qu’il faut être, pour y réussir, implanté localement. « Il faut insister sur la valeur ajoutée à proposer dans un pays très innovant et helvétiser sa communication ».

Pour lui, il y a pour les entreprises françaises plusieurs bonnes raisons de travailler avec la Suisse :

  • La proximité géographique et linguistique
  • Un bassin économique riche et stable
  • Des interlocuteurs fiables, fidèles en affaires, respectueux des délais de paiement ce qui sous-entend d’être carrés avec eux
  • Des consommateurs ouverts à l’innovation : les références acquises en Suisse peuvent servir pour aborder le marché allemand et l’Europe centrale
  • La bonne image des produits français, notamment en matière de métiers d’art avec des labels tels que le label Entreprise du patrimoine vivant (EPV)

« Il faut être humbles mais sans complexes, l’astuce passant par une association et la recherche d’un partenariat pour passer un cap culturel avant de s’implanter ». Il s’agit en fait de « comprendre le mental de la société suisse et se rappeler que si on parle la même langue, on ne parle pas le même langage » a-t-il conclu.

 

Diverses approches possibles

Composé pour l’essentiel de PME familiales, « le marché suisse présente beaucoup de similitudes avec la Haute-Savoie et la Savoie » a pour sa part expliqué Jean-Philippe Devaux, responsable de la promotion économique du canton de Berne. La Suisse ne se limite pas à la frontière linguistique. Le miracle du pays tient à son industrie implantée même en dehors du Plateau (qui s’étend de Genève à Saint-Gall en passant par Berne). L’Arc jurassien est très industriel aussi et pas seulement pour l’horlogerie.

L’une des premières approches est de trouver une complémentarité de produits, de secteur, ou géographique pour s’ouvrir des portes chez les grands horlogers ou les sociétés médicales suisses. Il faut venir dans les salons, et participer aux nombreuses rencontres régionales. Le bouche à oreille fait le reste.

Une seconde approche, quand on a déjà quelques clients, est de faire un démarchage en mandatant un commercial. Les Suisses sont friands d’innovation et ne s’arrêtent pas seulement au prix mais s’intéressent à de nombreux savoir-faire.

 Enfin, la troisième approche est de s’implanter en Suisse pour devenir local, y avoir des ateliers décentralisés, y mettre quelques machines. Et de rappeler une chose simple : pour travailler en Suisse il faut absolument être à l’heure et même cinq minutes à l’avance en Suisse alémanique !

Plusieurs axes de développement sont possibles dans des domaines aussi variés que l’énergie, l’intelligence artificielle, l’industrie 4.0, la smart production… Et de nombreux projets collaboratifs sont à mettre en oeuvre.

 

L’équipe Avisé

 

Crédit photo : Chambre de Métiers et d’Artisanat Auvergne-Rhône-Alpes