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Crise sanitaire : la filière du végétal a beaucoup souffert

Une étude réalisée pour VAL’HOR, le groupement de fédérations de la filière du végétal, et FranceAgriMer, révèle combien les métiers liés au végétal ont souffert de la crise sanitaire. Les fleuristes ont été particulièrement impactés. Mais avec la Toussaint, et le goût retrouvé des Français pour la nature, l’espoir demeure pour les prochains mois.

 

Une étude en deux temps

Soucieuses d’établir un diagnostic complet de la situation et d’obtenir des pistes de relance pour la filière, VAL’HOR et FranceAgriMer ont commandé auprès de PwC une étude sur l’impact de la crise de la Covid-19 sur la filière du végétal en co-traitance avec les cabinets d’études AND International et I+C (Groupe Xerfi).

Cette étude se déroule en 2 étapes : une première réalisée durant été 2020 et une autre qui aura lieu au printemps 2021.  La première étape repose sur une enquête quantitative sur la situation des entreprises pour la période mars à juin.

 

Grosse peur pour la filière

« Globalement, toute la filière a eu très peur après un arrêt d’activité de deux mois, pendant une période essentielle, le printemps » explique Mickaël Mercier, président de VAL’HOR, le groupement des fédérations de la filière française du végétal. « Les jardineries ont toutefois vu se débloquer un peu la situation avec la vente de plants potagers, ce qui a été bénéfique au commerce. Les jardineries et LISA ont réussi à récupérer le retard du printemps ».

Reste que la baisse globale du chiffre d’affaires sur quatre mois a été de -14% avec des disparités très importantes. « Les plus impactés ont été les fleuristes avec une chute de près de 40% du chiffre d’affaires et ils continuent de l’être, notamment les magasins spécialisés dans l’événementiel. Tout ce qui a trait aux salons, aux congrès, aux mariages, aux grands hôtels est toujours à l’arrêt. Dans les régions, en revanche, les fleuristes traditionnels ont retrouvé une activité quasi-normale ».

 

 Source: VAL'HOR/FranceAgriMer

 

Fortes destructions des stocks

Les résultats de l’étude quantitative confirment un mois de mars particulièrement difficile pour l’ensemble de la filière, avec une baisse du chiffre d’affaires de 35% par rapport à mars 2019. L’absence de préavis et le caractère périssable d’une part importante de végétaux ont entraîné de fortes destructions de stocks.

En avril, mois complètement en confinement, le chiffre d’affaires a diminué de 28%. Si la situation du marché s’améliore à la sortie du confinement (-2% en mai) et devient même positive en juin -+17% de chiffre d’affaires par rapport à juin 2019- mais sans pour autant compenser la période de confinement.

Le chiffre d’affaires de la filière régresse de 14% pour la période mars à juin 2020 par rapport à mars-juin 2019. Les fleuristes, les grossistes et les paysagistes concepteurs ont été les plus touchés durant cette période en termes de chiffre d’affaires.

 

Des conséquences sur l’emploi

La crise sanitaire a entraîné la destruction de 3 600 emplois dans la filière du végétal, en majorité des CDD/saisonniers /apprentis. Près de ¾ des entreprises du secteur ont eu recours au chômage partiel et 6% des entreprises ont dû cesser définitivement leur activité, dont beaucoup de fleuristes.

 

Source: VAL'HOR/FranceAgriMER

 

« Quelque 2000 fleuristes ont fermé boutique, atteints de plein fouet par la crise sanitaire. Cela s’est traduit par une baisse de 15% du nombre de fleuristes en France » indique pour sa part Florent Moreau, président de la Fédération Française des Artisans Fleuristes (FFAF). « Mais ce chiffre est à nuancer, la crise a surtout impacté les entreprises déjà en situation précaire. Dans leur grande majorité, les fleuristes ont retrouvé une activité normale après le confinement, et même pour certains, connu une excellente reprise des ventes, notamment dans les zones de villégiature ».

 

Source: VAL'HOR/FranceAgriMer

 

Reste que l’inquiétude demeure pour les fêtes de la Toussaint, qui représentent une grosse activité en volume, moins en chiffre d’affaires. « C’est un moment fort de l’année. Cette année, l’offre sera importante et conforme aux attentes des Français. Les producteurs de végétaux ont dû continuer à produire pendant le confinement et ils ont beaucoup arrosé lors de la période de sécheresse ».

Et Mickaël Mercier de compléter : « Avec une clientèle qui a 54 ans de moyenne d’âge et plutôt la peur de sortir en plein crise sanitaire, la filière affiche une vraie crainte pour les fêtes de Toussaint et de fin d’année ».

 

L’apprentissage plutôt préservé

Un domaine est, en revanche, un signe d’espoir, c’est celui de la formation et en particulier l’apprentissage. « Ne pas recruter d’apprentis fait craindre un risque de trou dans la formation professionnelle et aussi un manque de repreneurs » souligne Florent Moreau. « Aujourd’hui, le nombre d’apprentis est quasi équivalent à la normale. Les aides de l’Etat envers les jeunes ont joué un effet de levier certain, et les fleuristes ont su saisir l’opportunité ».

 

La faiblesse des trésoreries

L’enquête quantitative, sous l’égide de PwC, met également en évidence la faiblesse des trésoreries, même si, comme le dit, Mickaël Mercier, « cela dépend des métiers ». Pour lui, la meilleure des subventions, c’est celle que le marché impulse.

« Celui qui s’est refait une santé depuis cette période inédite n’aura pas de soucis. Mais nous arrivons au moment où il faut commencer à rembourser les échéances bancaires décalées. Et pour l’heure, les modalités de l’aide de 25M€ promise aux producteurs ne sont pas encore connues alors qu’elle devra apparaître dans les bilans », rappelle-t-il.

« Une chose est sûre, le fait d’avoir des chiffres a aidé à la compréhension des difficultés du secteur. Il a profité par ricochet des aides attribuées à l’événementiel, ce a permis la reconnaissance du travail des fleuristes, notamment ».

 

L’espoir demeure

Malgré un contexte toujours difficile, la filière reste optimiste à l’égard de l’évolution de la consommation des produits et services. Le confinement a révélé chez certains ou confirmé chez d’autres l’envie de mettre davantage de végétal dans le quotidien pour une meilleure qualité de vie.

La moitié des entreprises anticipent un maintien des dépenses des consommateurs dans les mois à venir et 28% pensent qu’ils dépenseront davantage. Les producteurs sont globalement optimistes quant aux perspectives de dépenses de consommation en végétaux.

Déjà une autre étude réalisée par Kantar au printemps, avait mis en avant cette dynamique pour le vert.

Enfin, à moyen terme, la filière du végétal table sur l’essor du « Made in France » qui fait l’objet d’un nouvel engouement de la part des Français, et pour la digitalisation des activités avec notamment le développement du Click & Collect, de la vente à emporter ou de la livraison à domicile.

 

Lire aussi :  Drive, click & collect et livraison à domicile : des opportunités pour les artisans

 

Source: VAL'HOR/FranceAgriMer
 

Le goût retrouvé pour le végétal se traduit aussi aujourd’hui par un boum de l’immobilier tant dans les grandes villes qu’à Paris, avec le désir des Français de trouver un pied à terre à la campagne ou à la montagne, là où il y a des jardins. La filière compte bien accompagner ce mouvement en rajeunissant sa clientèle tout en répondant à la demande plus classique de fleurs, « à la fois une symbolique et un point d’accroche pour les professionnels », conclut Mickaël Mercier.

 

L’équipe Avisé

 

Sources :

VAL’HOR

Fédération Française des Artisans Fleuristes

 

Crédit photo : FFAF