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Coronavirus : Le décolletage dans tous ses états

La crise sanitaire liée au COVID-19 a mis à mal l’industrie du décolletage. L’activité a baissé de plus de moitié en mars et devrait être encore plus faible en avril. Dans ce contexte, les entreprises du secteur restent toutefois mobilisées. A plus long terme, des mutations se profilent déjà.

 

« La situation générale est compliquée, on est passé par différentes phases » explique Maxime Thonnérieux, directeur du Syndicat National du Décolletage dont les ressortissants sont à 75% basés en Haute-Savoie. Il regroupe 470 entreprises parmi lesquelles 183 TPE et 95 sociétés unipersonnelles.

Source: Observatoire de la Métallurgie

 

Mesures barrières prises

Une fois le confinement mis en place le 16 mars, de nombreux clients ou fournisseurs des décolleteurs ont fermé leurs portes ou réduit fortement leur activité. Beaucoup d’entreprises du décolletage ont elles-mêmes arrêté de produire, confrontées à un dilemme : continuer de fabriquer pour certains marchés au premier rang desquels le médical, et faire face à une tension sociale dans le contexte de crise sanitaire.

« A la fin de la première semaine de confinement, de nombreux décolleteurs ont mis en place des mesures barrière et ont repris la production. Mais l’activité a baissé de 60% fin mars et elle devrait être moindre encore en avril » souligne le directeur du SNDEC.

Les entreprises se sont donc organisées pour définir leur plan de continuité d’activité tout en ajustant leur environnement de travail dans le respect des mesures sanitaires indispensables à la sécurité de tous.

 « Nous avons choisi de fermer l’entreprise jusqu’à ce que nous puissions atteindre les conditions que nous avions définies avec les collaborateurs pour réorganiser l’activité et les postes de travail. Ce temps nous a permis d’instaurer un dialogue social favorable avec les salariés et de prendre toutes les dispositions qui s’imposent pour les protéger » indique Didier Lathuille, directeur général de Lathuille Hudry.

 

Gestion de crise

La production de pièces mécaniques continue désormais à un rythme faible, les entreprises fonctionnant en activité partielle. Une phase de gestion de crise prend aujourd’hui le relais du court terme, laquelle s’appuie sur les mesures importantes annoncées par le gouvernement pour passer ce cap difficile. Il s’agit désormais d’envisager les prévisions d’activité pour la fin d’année et de gérer la trésorerie. Le SNDEC se mobilise auprès des entreprises de décolletage pour assurer le suivi des dossiers concernant l’activité partielle, le maintien des plafonds d’encours de garantie de l’assurance-crédit ou encore le respect des délais de paiement.

Dès le 16 mars, une cellule de crise a été mise en place, avec un seul numéro pour gérer toutes les demandes. Elle a permis un accompagnement au quotidien des entreprises avec un fil info envoyé tous les jours. Le SNDEC a également participé au Guide des bonnes pratiques de mesures préventives au Covid-19 élaboré conjointement avec le Cetim, la Chambre syndicale de la Métallurgie Haute-Savoie et le pôle Mont-Blanc Industries.

« On a moins un sentiment d’urgence absolue, nous sommes dans une phase de gestion de crise » indique Maxime Thonnérieux. « Les sous-traitants ne doivent pas faire les frais de travaux d’optimisation de la trésorerie de leurs clients »,

Le rôle du syndicat est en effet de défendre la profession auprès des grands donneurs d’ordres au premier rang desquels figure l’automobile, les diverses entités qui représentent les clients, ou encore les cabinets ministériels.

Le but est aussi de préparer la reprise, avec une activité estimée à 70% au mieux en fin d’année dans l’automobile, comme dans l’aéronautique dont les donneurs d’ordres souffrent aussi beaucoup.

 

Vers de nécessaires mutations

« La crise structurelle n’a pas disparu, elle est toujours là mais dans un contexte totalement différent. Par rapport à celle de 2008, cette crise conjoncturelle est bien supérieure à celle que l’on redoutait il y a quelques mois car elle va durer ».

Pour autant, le décolletage s’interroge sur la meilleure manière d’emmener la profession dans des mutations qui restent nécessaires. En temps normal, le principal frein au changement réside dans la difficulté de déployer des activités incertaines.

« Là, c’est différent. On commence à se projeter sur la manière de voir la sortie de crise. La diversification passe par différents marchés ». 

La fabrication de respirateurs pour les hôpitaux a été motivée dans un contexte particulier mais pourrait perdurer. Le secteur du décolletage peut participer à l’essor d’une filière hydrogène, à l’Airbus des batteries... Il pourrait se positionner sur des opportunités offertes par des filières jugées stratégiques.

 

Source: Observatoire de la Métallurgie

 

Servir de catalyseur

La crise conjoncturelle devient potentiellement un accélérateur des mutations. Dans l’automobile aussi, des voies s’ouvrent vers les véhicules hybrides, la fabrication de boîtes de vitesse…  « Elle peut servir de catalyseur pour un certain nombre d’actions telles que monter une filière hydrogène en France, nous avons tout le potentiel pour le faire dans le pays à un horizon de 3 ou 4 ans ». L'Auvergne-Rhône-Alpes, première région industrielle française, peut même se positionner en première ligne dans ce domaine, avec la vallée de l’Arve et le bassin d’Oyonnax ainsi que la présence de grands industriels comme Michelin.

 

Des entreprises mobilisées pour lutter contre le COVID-19

Une quinzaine d’entrepreneurs de la filière du décolletage produisent des pièces destinées aux appareils médicaux et notamment aux respirateurs.

Certains, déjà positionnés sur cette filière médicale ont continué à tourner pour servir leurs clients tels Arcom Industrie à Saint-Pierre-en-Faucigny. D’autres, comme Baud Industries ou le groupe Bontaz, ont répondu de manière solidaire quand la demande est venue.

« Ce n’est pas avec une approche mercantile, mais au contraire dans un grand élan de générosité en fabriquant des prototypes et en fournissant quelques milliers de pièces ». Certains comme MGB Décolletage (Marnaz) produisent en impression 3D des ouvertures de porte avec le coude. D’autres encore font des visières pour eux-mêmes ou pour les hôpitaux. De nombreux collaborateurs de ces entreprises ont demandé à retravailler pour s’investir dans cette tâche « Il ne s’agit pas de production à gros volume mais plutôt d’une réflexion sur des prototypes ou sur la validation de nouveaux composants ».

 

L’équipe Avisé

 

Crédit photo : Pixabay