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La filière du cuir doit faire face au surplus de peaux

La filière cuir est en surchauffe avec 2 millions de peaux d’ovins aujourd’hui en surplus. Avec le premier confinement, elles n’ont pu être écoulées auprès des secteurs utilisateurs alors que l’abattage des bêtes pour l’agroalimentaire se poursuit normalement. Une inquiétude pour l’ensemble de la filière.

 

Un effet direct

L’épidémie de la COVID-19 a un effet direct sur la filière du cuir : la collecte des peaux, notamment celle d’ovins, se trouve fragilisée. La demande s’étant raréfiée avec la baisse générale d’activité due à la crise, les stocks s’accumulent.

« La crise de la COVID-19 a causé une situation tendue au niveau du marché des peaux d’ovins. Les abattoirs ont continué d’abattre, les collecteurs de peaux ont poursuivi la collecte de peaux fraîches» et de peaux salées » explique Lénaïg Manéat, Déléguée Générale du Syndicat Général des Cuirs et Peaux.

 

Les stocks débordent

La collecte a en effet dû se poursuivre au risque, sinon, de voir les abattoirs arriver à saturation. De leur côté, les collecteurs ont absorbé les peaux sans les revendre, les principaux marchés étant fermés.

« Il s’agit de la Turquie et de la Chine et de quelques marchés de niche pour les tanneurs, tels que la maroquinerie ou la ganterie » précise Lénaïg Maneat. Les tanneries chinoises ont fermé les premières, les autres pays ont suivi. « Beaucoup trop de peaux sont restées chez les collecteurs français et les stocks débordent ».

Le même schéma concerne les peaux de bovins dont les débouchés majeurs sont, pour le veau, l’Italie et la France, et pour le gros bovin la Chine, marchés tous fermés, suite à l’épidémie. A noter que les peaux sont salées systématiquement pour être conservées, puis sont palettisées dans des chambres froides, soit dans les abattoirs, soit chez les collecteurs.

 

Des peaux détruites

Déjà en mai, on dénombrait 1,8 million de peaux d’ovins stockées à l’issue du premier confinement.  Et le mouvement s’est donc poursuivi depuis. « La nouveauté, c’est que certains collecteurs ont dû arrêter la collecte et détruire les peaux. À cela se sont ajoutés les problèmes géopolitiques avec la Turquie, un important marché ! » ajoute la Déléguée Générale du Syndicat des cuirs et peaux. En outre, c’est sans compter avec la concurrence d’autres Etats comme le Royaume-Uni, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, qui doivent aussi écouler leurs propres stocks.

« Les professionnels sont toujours dans l’inquiétude et espèrent une reprise alors même que la situation structurelle pour le marché des ovins est déjà difficile. Les produits finaux tels que les bottes font face, depuis quelques années, à une réduction de la demande, et en plus, il y a l’épidémie de COVID-19 ! ».

 

Au 3ème rang mondial

Pour rappel, la France est le troisième exportateur de peaux brutes avec pour clients l’Italie (75%), la Chine et l’Espagne. Les tanneries mégisseries françaises ont réduit leurs commandes d’au moins 30% entre janvier et avril 2020 et les trois principaux marchés à l’exportation ont presque arrêté leurs achats.

La partie aval du secteur des cuirs et peaux représente 455 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2019. Les acheteurs attendent des peaux sans défaut, les marques de luxe exigent la plus grande qualité.

 

Les tanneurs et mégisseurs continuent de vendre

Les tanneurs et mégissiers ont totalement arrêté leur activité durant un mois lors du premier confinement. Puis, ils ont repris à Pâques après la mise en place des outils barrière et des EPI. Les commandes quant à elles s’étaient aussi arrêtées.

« Les tanneurs travaillent beaucoup à l’export. L’Asie mais aussi les Etats-Unis ont stoppé leurs commandes et tout était à l’arrêt en Europe » souligne Sophie Hivert, Déléguée Générale de la Fédération de la Tannerie Mégisserie « On ne consomme pas toutes les peaux produites en France, loin de là ! »

 

Une fabrication proche de la normale

Néanmoins, le secteur n’a pas rencontré le même problème que celui de la collecte de peaux brutes. Les clients des tanneurs et mégissiers, tels que la maroquinerie (40%), la chaussure (30%), les vêtements (10%) et les autres domaines utilisateurs (20%), avaient leur propre stock de peaux et ont stoppé leur approvisionnement durant le confinement du printemps.

« Lors de ce deuxième confinement, les tanneurs et mégissiers ainsi que leurs clients, sont dotés d’équipements de protection individuels (EPI) et peuvent donc fabriquer normalement, en attendant une reprise du cours ordinaire des choses. Les achats de peaux continuent eux aussi ».

 

Des sociétés d’abord artisanales

Le secteur de la tannerie mégisserie regroupe 55 entreprises en France dont 45 sociétés industrielles et artisanales qui dans leur grande majorité emploient entre 10 et 50 salariés. Son chiffre d’affaires a atteint 455 millions d’euros en 2019 dont 30% à l’export.

Dans la région Auvergne Rhône-Alpes, on compte notamment la Tannerie Roux à Romans (groupe Vuitton), les tanneries d’Annonay et du Puy-en-Velay (groupe Hermès) ainsi que la tannerie Fortier-Beaulieu à Roanne, tannerie indépendante, spécialisée dans les sels de chrome et le sel végétal.

Ce métier très technique assure la transformation de la matière issue des industries du lait et de l’agroalimentaire. On en fait des sacs, des chaussures, du mobilier, des objets de décoration, des vêtements, de la sellerie pour l’automobile…etc. La tannerie mégisserie est le chaînon entre la matière bute et la réalisation d’objets finis.

 

L’équipe Avisé

 

Sources :

Conseil national du Cuir (CNC)

Syndicat Général des Cuirs et Peaux

Syndicat de la Tannerie Mégisserie

 

Crédit photo : Covico SAS