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Vélos cargo : un marché en pleine croissance

Biporteur ou triporteur, doté ou pas d’une assistance électrique, le vélo cargo revient en force dans les centres-villes européens et commence à s’installer solidement en France. Avec lui, le développement de fabricants et d’assembleurs semble annoncer une industrie naissante.

 

En plein essor

Marché de niche, le marché français du vélo cargo se répartit entre quelques fabricants qui les produisent sur place, et des assembleurs. Mais en l’absence de statistiques officielles,  car il n’existe pas encore de catégorie spécifique à ce créneau, on estime entre  5 000 et 10 000 le nombre de vélos cargo qui circulent déjà en France. Sur ce créneau, la croissance est très forte, d’au moins 30% par an, soit un chiffre comparable à celle enregistrée sur le marché allemand de 40 à 45% par an.

En France, 450 millions de colis sont distribués chaque année dont 40% en centre-ville par un trafic de frêt qui représente 70% du trafic urbain, source d’engorgement.

Le marché du vélo-cargo se développe lui avec l’essor des pistes cyclables et profite du changement des mentalités alors que le prix de l’essence monte. Les régions et les villes prennent des mesures, en mettant en place des aides et des subventions pour accompagner l’achat. Certaines villes telles que Nantes ou Grenoble proposent déjà des vélos cargo à la location. D’autres comme Strasbourg ont choisi de tester l’auto-partage de ce véhicule utilitaire qui convient aussi bien aux particuliers qu’aux professionnels.

Outre le marché des familles, en plein essor, le marché des collectivités devient intéressant de même que celui des professionnels. Avec comme usages principaux :

  • les vélos cargo de propreté urbaine, dont se sont dotées déjà 300 communes en France
  • les Food Bikes (vélos café, gauffres, crêpes, pizzas…etc)
  • les livraisons au dernier km par les coursiers et livreurs avec l’essor des ventes en ligne

 

Un marché qui se structure

La demande de vélos cargo se déploie dans trois catégories :

  • les familles, pour le transport d’enfants et pour les achats, en remplacement de la 2e voiture voire de la voiture en général
  • les entreprises qui ont une activité économique sur le dernier km : livreurs, coursiers, artisans (plombiers, jardiniers, ébénistes…etc) et beaucoup d’autres métiers qui se développent.
  • les professionnels urbains tels que les architectes ou les photographes pour le transport de petites charges

Pour y répondre, l’offre est double :

  •  les vélos cargo biporteurs, triporteurs, quadriporteurs
  •  les remorques que l’on peut accrocher à un quadriporteur, qui sont dotées de capteurs et de moteurs, et dont la normalisation est en cours.

 

Lire aussi : Biporteurs et triporteurs : des usages qui se développent

 

Prise de conscience des villes

Enregistrant une forte croissance des ventes, le marché du vélo cargo se déploie grâce à une large prise de conscience de ses atouts par les municipalités. Aujourd’hui, les mots de cyclo-logistique ou de vélo cargo sont des termes connus des élus. En France, comme en Allemagne ou en Autriche, les communes accordent des subventions, certaines pour les familles seulement, d’autres aussi pour les artisans, en vue de favoriser l’équipement dans un vélo cargo à assistance électrique. Cela permet en effet de répondre à leurs préoccupations en matière d’écologie, de réduction de CO2, de santé publique, d’occupation de l’espace urbain… Les villes ont pris conscience aussi de la nécessité d’adapter leurs infrastructures en dédiant plus d’espace aux pistes cyclables et mettent en place des politiques incitatives. Déjà certaines évolutions, comme la circulation alternée, profilent la fermeture attendue à terme des centres-villes aux véhicules.

 

Quelques fabricants, tous des PME

Pour sa part, Nihola France est arrivée parmi les tout-premiers sur le marché français, il y a juste dix ans. A l’époque, ses fondateurs décident de lancer la fabrication en France en partant de rien ou presque.

«On a démarré beaucoup trop tôt, il n’y avait pas de marché » explique Amaury de Sacy, l’un des deux fondateurs avec Aymeric Dargnies. Aujourd’hui, après avoir peiné pendant plusieurs années, l’entreprise profite d’une expertise gagnée grâce à dix ans de terrain.

Elle assemble sa gamme de vélos cargo pour les marchés français et espagnol avec des composants pour beaucoup usinés ou confectionnés en Loire Atlantique et en Vendée. L’entreprise affiche une maîtrise complète de la chaîne de production, de la conception à la réalisation puis enfin à l’assemblage entièrement réalisé dans ses ateliers de Couëron (44).

Désormais, 95% de ses fournisseurs sont basés en France : le cadre est produit chez Metal 44, les gabarits sont soudés à la main de même que les garde-bouts. Les capotes de pluie sont fabriquées en Vendée. Les pièces plastiques et la visserie viennent toutes de l’Hexagone.

Nihola France compte six collaborateurs dont trois monteurs. La société vend quelque 500 triporteurs par an dont 300 pour les professionnels et les collectivités, soit une moyenne de 2 vélos cargo vendus par jour, principalement en direct.

 

 

 

Douze Cycles vers une levée de fonds

Autre fabricant, cette fois installé en Bourgogne, la société Douze Cycles a été créée par Thomas Coulbeaut en 2012.

« Nous avons fait le choix d’un nom très français même si notre marché est mondial » explique l’un de ses six associés, Francisco Luciano.

L’entreprise, qui emploie 14 collaborateurs, connaît une très forte croissance auprès de trois catégories d’usagers : les familles, les artisans/livreurs et les opérateurs de services de vélos cargo partagés.

Sur son site de Ladoix-Serrigny, près de Beaune en Bourgogne, elle déploie trois activités : la conception, la fabrication et l’assemblage, enfin la commercialisation en BtoB ou BtoC de deux gammes de biporteurs : le V2 totalement personnalisable disponible avec ou sans assistance électrique, et le G4, un vélo-cargo tout-en-un équipé d’un puissant moteur central, d’une suspension avant et d’un compartiment verrouillable.

En plein essor, Douze Cycles, qui s’est jusque-là développée sur fonds propres, mène actuellement une réflexion pour envisager une levée de fonds. A moyen terme, elle table sur le déploiement de nouveaux véhicules, notamment un quadriporteur. Pour l’heure, elle réalise déjà la moitié de ses ventes à l’international via un réseau de revendeurs, particulièrement en Allemagne, premier marché de son biporteur haut de gamme, mais également au Benelux, en Suisse, en Autriche, aux États-Unis et au Canada.

 

Un module intermédiaire

Pour sa part, Addbike, basée à Lyon a développé un module intermédiaire entre le triporteur et le vélo cargo adaptable à presque tous les types de vélo, dont il suffit d’enlever la roue avant. Cette innovation, dont le premier prototype a été développé en 2015, a depuis fait l’objet de séries industrielles grâce au soutien d’Imeca, filiale de Michelin spécialisée dans l’accompagnement des entreprises en phase d’industrialisation.

A disposition du grand public depuis septembre 2017, l’Addbike est un module de 12 kg, adaptable en quelques minutes. Son assemblage est externalisé dans un ESAT situé à Chaponost (69). Si certaines pièces (roues et freins) viennent de Taïwan, le chassis, la tôlerie et les pièces mécaniques ainsi que le traitement de surface sont tous réalisés dans la région lyonnaise tandis que la partie en bois vient de Savoie.

« Nous visons aujourd’hui deux marchés prioritaires, l’Allemagne et les Pays-Bas, en dehors de la France »  explique Christophe Defaix co-fondateur de la start-up avec Renaud Colin.

L’international sera le levier de croissance de l’entreprise pour les prochaines années. Les Pays-Bas sont très matures, avec un  important marché de seconde main. A l’inverse, l’Allemagne est un marché où la qualité du produit, sa sociabilité et la sécurité, sont regardés de près.

L’objectif est ainsi de fabriquer et vendre en France et à l’étranger 5 000 unités d’ici trois ou quatre ans, dans le cadre à terme d’une mutualisation avec d’autres entreprises du secteur du cycle implantés près de Lyon.

 

 

 

Le Kiffy,  un produit 100% stéphanois

En vente depuis moins de deux ans via l’intermédiaire de professionnels du cycle, le Kiffy  est  lui développé par Easy Design Technology, sur la base d’un concept développé par son inventeur Norbert Peytour. Des brevets et marques ont été déposés par Easy Design Technology. La société réunit deux industriels stéphanois Christophe Rosentiel (Groupe ITI Industrie) et Patrice Faivre-Duboz de Chaudronnerie Fine de la Loire (CFL), qui apportent à la structure ses moyens industriels et commerciaux.

« C’est un axe de diversification pour nos entreprises » explique Christophe Rosentiel « Le Kiffy est un mode doux de transport qui a la capacité de transporter une charge légère jusqu’à 80 kg. C’est un light cargo très compact ».

Inférieur à 70 cm de large une fois replié, il entre aisément dans les transports en commun (tramway et bus) pour lesquels il est homologué, comme dans un ascenseur ou un bureau. Il devient pliable comme un caddy pour un poids de 17 kg sans assistance électrique et de 25 kg avec motorisation. C’est l’avant du Kiffy qui reçoit la charge pour des déplacements en environnement urbain ou péri-urbain.

« Nous sommes très opportunistes, car nous n’avons pas encore de forces commerciales sur le terrain ».

Easy Design Technology vend actuellement 200 unités par an, pour l’essentiel à des particuliers et principalement hors de France, en Allemagne, en Australie, en Amérique du Nord (États-Unis et Canada) ou encore à Singapour.

Mais ce nombre devrait rapidement augmenter avec le développement des ventes aux collectivités, et dans l’industrie, qui prennent de l’essor. La société a ainsi remporté un appel d’offre auprès de la ville de Paris qui utilise le Kiffy pour la voirie et les espaces verts.

Nice a choisi ce petit engin en lui adjoignant des capteurs et des panneaux solaires dans le cadre de son projet de « smart city ». À Saint-Etienne, c’est la Cité du Design qui l’utilise pour assurer la maintenance du site. La ville de Bordeaux devrait suivre en 2019 pour un autre projet. Enfin, ce tricycle cargo ultra-léger trouve aussi plusieurs utilisations dans des environnements industriels.

Sa fabrication est totalement réalisée dans la région stéphanoise, même le cadre en aluminium, en fonction du cahier des charges très précis des clients. Le groupe La Poste, par exemple, s’intéresse à cet engin compact et pliable pour le transport du dernier km.

« Nous visons une capacité de production de 4 000 à 5 000 unités par an d’ici cinq ans, avec des investissements industriels à la clé » souligne Christophe Rosentiel.

Dans ce but, une équipe est en cours de recrutement notamment un directeur opérationnel et un directeur marketing. A contre-courant des vélos cargo volumineux et encombrants, le Kiffy profite en effet de l’empathie des clients qui apprécient l’image dynamique et sportive qu’il donne à leurs activités.

 

 

 

Le VUF: un utilitaire en milieu urbain et industriel

Enfin, le VUF (Vélo utilitaire français) trace sa route sur ce marché en pleine croissance en proposant un vélo utilitaire à trois roues, équipé d’une remorque. Compact, modulaire, connecté et à assistance électrique, il est destiné au transport de charges  jusqu’à 110 kg (300 kg avec une remorque) en milieu urbain, industriel et tout terrain. Il est développé par la société 4 R Concept basée à Toulouse, qui compte une dizaine de collaborateurs.

« Nous avons voulu tracer le portrait du vélo utilitaire idéal en partant des vélos qui existaient sur le marché» explique Thomas Chenut, son concepteur.

Durant deux ans, de 2014 à 2016, le concept VUF a ainsi été mis au point avec un bureau d’études, des spécialistes du dernier km, mais aussi des ergothérapeuthes et des médecins du travail. Puis il a été testé à Toulouse dans le cadre d’un projet de collecte de déchets pour un grand donneur d’ordre.

« Nous sommes partis du besoin pour aller vers la conception » précise Thomas Chenut.

Le projet est entré ensuite en phase de recherche/développement avec, dans cette période, une énorme opportunité : le VUF a  en effet été lauréat, fin 2016, du label Green Tech verte. Depuis, il démarre en phase d’industrialisation dans deux unités de production et d’assemblage situées à Mauléon et dans la région de Pau. Le projet se met en place notamment avec le soutien d’un industriel de l’aéronautique.

Les chassis, les cadres, les remorques et les caisses sont tous fabriqués en France. D’autres composants (guidons, selles, roues, phares, motorisations…) sont issus d’un sourcing européen et asiatique.

« Notre objectif est de fafriquer 100 vélos par mois d'ici deux ans» souligne Thomas Chenut. La commercialisation qui a démarré à plus grande échelle depuis septembre va s’intensifier avec la création d’un réseau de distribution. Déjà des petites flottes de vélos VUF roulent dans les villes de Paris, Bordeaux, Toulouse ou Lyon pour des usages variés tels que le transport de colis, de plateaux-repas mais aussi pour la collecte de déchets ou la propreté urbaine.

 

Fabricants et assembleurs

Le marché est  aussi composé de fabricants-assembleurs. C’est le cas d’Amsterdam Air, racheté début 2018 par Notus Technologies. Présent depuis quinze ans sur le marché français des vélos cargo, la société assemble pour partie sur son site à Montaigu des éléments fabriqués soit en France chez un sous-traitant local, soit aux Pays-Bas (notamment les caisses), soit issus d'un sourcing international.

A la fois fabricant et e-commerçant, l’entreprise, qui emploie 12 salariés, se développe selon un modèle hybride qui fonctionne bien.  Elle compte un atelier de 5 collaborateurs dévolus à l’assemblage, et vend 1 500 vélos par an. Parmi eux, 800 sont des biporteurs et triporteurs en grande partie destinés à des professionnels.

 « Nous sommes présents principalement en France mais également au Bénélux, en Suisse et un peu dans le reste de l’Europe » explique François-Joseph Bouyer, son directeur général. « L’objectif est de développer des showrooms un peu partout en France ».

Pour l’heure, Amsterdam Air propose ses vélos cargo via le net à un prix moyen de 1 500 euros pour un triporteur sans assistance électrique à 2 200 euros avec assistance électrique.

« Notre premier canal de distribution est celui de nos clients qui sont les principaux prescripteurs, nous ne faisons pas de démarchage externe ».

En revanche, Amsterdam Air travaille avec des associations qui regroupent des artisans telles que les Boîtes à vélo. Elle accompagne ainsi l’essor des artisans à domicile (plombiers, ébénistes…) comme celui de nouveaux métiers qui émergent, l’effet d’entraînement jouant à plein sur ce marché de spécialistes.

Son activité se répartit entre des biporteurs/triporteurs pour la livraison et le transport de marchandises, le secteur de l’entretien/propreté, la publicité /communication pour des agences de marketing ou des petits commerces qui veulent gagner en visibilité, la vente ambulante (sur les lieux touristiques ou en complément de vente), les collectivités locales notamment pour le ramassage scolaire et les crèches.

« Nous constatons un changement dans la façon de fonctionner des professionnels, nos produits répondent à une attente profonde de nombreux artisans » poursuit François-Joseph Bouyer.

Forte de son expertise fine du marché depuis quinze ans, Amsterdam Air s’emploie à bien qualifier le besoin de ses clients : elle table aussi pour l’avenir sur des produits spécifiques par type de métiers (triporteurs dotés de caisses frigorifiques, triporteurs pour transport de palettes…).

 

En Haute-Savoie aussi

Autre société spécialisée dans la fabrication-assemblage et la vente de vélos cargo, Eco-Triporteur, basée à Saint-Jorioz, qui compte également un site d’e-commerce et un magasin à Paris. 

« C’est un marché essentiel, où nous sommes présents depuis deux ans » explique Guillaume Delanoé, fondateur et dirigeant d’Eco-Triporteur en 2008.

Depuis trois ans, il constate lui aussi la croissance du marché, porté par la volonté politique de certaines villes comme Nantes, Strasbourg, Bordeaux et surtout Paris qui attribue une prime aux professionnels ayant fait le choix de ce mode de déplacement.

En plein essor, la société qui compte trois salariés est en train de recruter un nouveau technicien pour son atelier d’assemblage des différents composants qui proviennent d’un sourcing basé sur la flexibilité. Eco-Triporteur se fournit en République tchèque pour les roues, en Chine pour les moteurs électriques, en Chine et en Tunisie pour les cadres, mais en France pour les batteries ainsi que les caisses fabriquées à Aix-les-Bains.

Son objectif est à court terme de prendre pied avec une succursale à Bordeaux et de se déployer sur la Suisse grâce à l’ouverture d’un point de vente dans un marché qui reste difficile d’accès.

 

L’équipe Avisé

 

Sources :

nihola.fr

douze-cycles.com

addbike.fr

kiffy.fr

amsterdamair.fr

eco-triporteur.com

vufbikes.com

 

Crédit photo : Douze Cycles

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